La Fédération des Entreprises du Congo à travers la Commission Nationale Industrie (CNI) a relevé qu’en 2025, la conjoncture économique nationale s’est sensiblement détériorée. Le climat des affaires s’est affaibli, la pression fiscale s’est accrue et la revalorisation du SMIG a fragilisé la compétitivité des entreprises congolaises. Dans ce contexte, l’afflux massif de produits importés bénéficiant d’avantages fiscaux et de circuits informels met en péril plusieurs filières stratégiques. Celles-ci requièrent une protection spécifique afin de préserver l’emploi, de sécuriser les investissements et de consolider la souveraineté économique du pays.
Il en est de même qu’à la cinquante-septième réunion du Conseil des ministres, le Président de la République a réaffirmé l’impératif pour le Gouvernement de promouvoir une politique résolument orientée vers la souveraineté alimentaire et la valorisation des potentialités nationales. Cette orientation suppose la consolidation de l’industrie locale, condition essentielle pour garantir un accès durable à une alimentation de qualité, stimuler la création d’emplois, réduire la dépendance extérieure, préserver les devises et renforcer la souveraineté économique.
Toutefois, la dépendance structurelle qui fragilise la République depuis plusieurs décennies demeure une vulnérabilité stratégique majeure, compromettant à la fois la sécurité nationale et la stabilité sociale.
Dans ce contexte, la Commission nationale Industrie (CNI) à mise en place d’une stratégie de protection ciblée des filières stratégiques apparaît comme un impératif. Elle vise à sauvegarder les emplois, attirer et sécuriser les investissements, et consolider la souveraineté économique du pays.
Sans mesures adaptées et coordonnées, les producteurs nationaux risquent d’être marginalisés par des importations à bas coût et par des pratiques informelles, ce qui compromettrait durablement la stabilité économique et sociale de la République.
- Enjeux majeurs de l’industrie nationale
La survie et la compétitivité de l’industrie congolaise reposent sur plusieurs défis structurels qu’il convient d’énoncer clairement et de traiter de manière prioritaire.
- Maintien des capacités de production : Les unités industrielles lourdes, issues d’investissements considérables, constituent l’épine dorsale de la chaîne d’approvisionnement nationale. Leur pérennité est essentielle pour garantir l’approvisionnement des marchés, préserver les emplois directs et soutenir les activités en amont et en aval.
- Distorsions de concurrence : L’arrivée d’importations irrégulières et de produits vendus à des prix artificiellement bas érode les parts de marché des producteurs locaux. Ces pratiques faussent la concurrence et réduisent les marges nécessaires à la modernisation et à l’investissement.
- Fuite de devises et déséquilibres macroéconomiques : L’importation massive de biens disponibles localement accroît la pression sur les réserves de change, fragilise la balance commerciale et limite les marges de manœuvre macroéconomiques du pays.
- Risque social et découragement de l’investissement : La fermeture d’unités de production et les licenciements qui en résultent menacent la cohésion sociale et détériorent l’attractivité du pays pour les investisseurs. Le climat d’incertitude freine les projets de modernisation et d’expansion.
- Pourquoi la restriction d’importation est légitime et stratégique ?
La restriction ciblée des importations repose sur des objectifs économiques clairs qui sont de protéger les filières nationales capables de répondre à la demande locale des consommateurs. Lorsqu’elle est temporaire, proportionnée et accompagnée de mesures d’appui, elle devient un levier pour consolider la production locale et renforcer la résilience du pays.
La restriction d’importation, lorsqu’elle est ciblée, temporaire et accompagnée d’un plan d’appui (financier, technique et réglementaire), n’est pas une mesure protectionniste aveugle mais un instrument stratégique pour préserver la compétitivité nationale et la souveraineté économique.
La démarche consistera à adopter et à coordonner les mesures suivantes pour préserver la compétitivité des producteurs locaux :
- Sauvegarde industrielle : Le renouvellement des arrêtés suspendant l’importation de produits tels que le ciment, le clinker, la chaux ou certaines boissons permet de consolider des filières qui disposent d’une capacité de production excédentaire. Cette protection évite la sous‑utilisation des capacités industrielles et protège les investissements lourds déjà réalisés.
- Protection de l’emploi : En limitant la concurrence déloyale exercée par des importations à bas coût ou irrégulières, on préserve des milliers d’emplois directs et indirects. La stabilité de l’emploi contribue à la cohésion sociale et maintient les revenus des territoires où sont implantées les usines.
- Incitation à la valeur ajoutée locale : Une protection temporaire crée un espace pour moderniser les unités de production, améliorer la qualité des produits et réduire les coûts unitaires. Cela favorise la montée en gamme, la transformation locale et la création de chaînes de valeur plus robustes.
- Sécurité économique : Réduire les importations non nécessaires contribue à stabiliser la balance commerciale et à protéger les réserves de change. Moins d’importations superflues signifie également une moindre vulnérabilité aux chocs externes et une meilleure maîtrise des politiques macroéconomiques.
Par sa lettre DAECC/DES/LDP/WWK/F.1334/2025 du 19 septembre 2025, adressée aux Ministres de l’Économie nationale, de l’Industrie, du Commerce extérieur et des Finances, la Fédération des Entreprises du Congo appelle à l’ouverture d’un dialogue constructif État–secteur privé. L’objectif est clair : transformer les mesures de régulation en opportunités durables de montée en gamme industrielle et de création de valeur locale. La FEC rappelle que le renouvellement des arrêtés d’interdiction d’importation, lorsqu’il s’appuie sur des données démontrant une capacité nationale avérée, constitue un levier stratégique pour préserver l’emploi, stimuler l’investissement et renforcer la résilience économique de la RDC.
La Fédération des Entreprises du Congo, par l’entremise de sa Commission nationale Industrie, ont proposé un ensemble de mesures concrètes et coordonnées visant à protéger les filières nationales tout en préservant la compétitivité et la stabilité macroéconomique. Ces recommandations sont conçues pour être temporaires, ciblées et accompagnées afin de favoriser la montée en gamme industrielle et la création de valeur locale :
- Une commission d’évaluation multisectorielle réunissant les ministères concernés (Économie, Commerce extérieur, Industrie, Finances) et les représentants du secteur privé pour mesurer l’impact réel des arrêtés et proposer ajustements fondés sur des données fiables.
- Guichet unique interministériel pour l’octroi et le suivi des autorisations afin d’éviter les chevauchements de compétences, réduire les délais administratifs et améliorer la sécurité juridique des opérateurs.
- Mesures ciblées et temporaires Privilégier des restrictions sectorielles, limitées dans le temps et fondées sur des indicateurs de capacité de production, d’emploi et d’approvisionnement national, pour prévenir ruptures d’approvisionnement et risques inflationnistes.
- Accompagnement technique et financier pour une mise en place des facilités de crédit, des exonérations temporaires ciblées pour la modernisation, un accès prioritaire aux intrants et des programmes de formation pour accélérer la montée en qualité et la compétitivité.
- Lutte renforcée contre les importations irrégulières en renforçant les contrôles aux frontières, améliorer la traçabilité des produits, appliquer des sanctions dissuasives et développer la coopération régionale pour fermer les circuits parallèles.
- Harmoniser les avantages accordés aux Zones Économiques Spéciales avec la politique industrielle nationale afin d’éviter des distorsions qui pénalisent les unités hors ZES.
- Promotion de la substitution et de l’innovation en encourageant la recherche appliquée, les partenariats public‑privé et les incitations à l’innovation pour développer des emballages et intrants locaux compétitifs.
- Points sectoriels prioritaires
- Boissons non alcoolisées : corriger le déséquilibre créé par les produits issus de la ZES de Maluku et lutter contre la concurrence informelle pour protéger les unités hors ZES.
- Boissons alcoolisées : gérer avec rigueur les demandes de levée de suspension d’importation en veillant à l’intérêt industriel national.
- Minoteries : protéger la filière contre des importations qui empêchent l’écoulement des stocks locaux.
- Ciment et intrants de construction : prendre en compte l’impact de la TVA non remboursée et des coûts structurels sur la compétitivité.
- Contraintes transversales : fiscalité lourde, insuffisance d’électricité, infrastructures dégradées, accès limité au financement et aux technologies.
Les efforts déployés ont abouti, à la fin 2025 et au début 2026, au renouvellement et à l’adoption de plusieurs arrêtés sectoriels de restriction temporaire d’importation. Ces mesures, fondées sur des données de capacité nationale et des évaluations d’impact, témoignent d’un résultat concret du dialogue État–secteur privé et constituent des leviers immédiats pour stabiliser les filières menacées.
- Arrêtés adoptés et secteurs concernés ;
- N°002/CAB/MIN.COMEXT/KKJ/01/2026 du 15/01/2026 — Restriction temporaire d’importation des conducteurs électriques en cuivre et en aluminium (basse, moyenne et haute tension), des câbles électriques non armés, des anodes en cuivre et plomb, et des tubes et tuyaux rigides en polymère d’éthylène dans la partie sud‑est de la RDC.
- N°004/CAB/MIN.COMEXT/KKJ/01/2026 du 15/01/2026 — Restriction temporaire d’importation des cathodes en acier inoxydable dans le sud‑est de la RDC.
- N°005/CAB/MIN.COMEXT/KKJ/01/2026 du 15/01/2026 — Restriction temporaire d’importation des détergents liquides et en poudre dans la partie sud‑est de la RDC.
- N°006/CAB/MIN.COMEXT/KKJ/01/2026 du 15/01/2026 — Restriction temporaire d’importation des barres de fer dans la partie ouest de la RDC.
- N°007/CAB/MIN.COMEXT/KKJ/01/2026 du 15/01/2026 — Restriction temporaire d’importation des faïences et carreaux dans la partie ouest de la RDC.
- N°008/CAB/MIN.COMEXT/KKJ/01/2026 du 15/01/2026 — Restriction temporaire d’importation des bières et boissons gazeuses.
- N°040/CAB/MIN.COMEXT/KKJ/01/2025 du 22/12/2025 — Restriction temporaire d’importation de l’alcool éthylique (éthanol) dans l’ouest de la RDC.
Ces arrêtés offrent un répit stratégique aux industries locales : meilleure utilisation des capacités de production, réduction des pressions concurrentielles déloyales, et protection d’emplois essentiels. Ils renforcent également la confiance des investisseurs en rétablissant une visibilité réglementaire nécessaire à la planification industrielle.
Dans le prolongement des recommandations de la cinquante-septième réunion du Conseil des ministres, la Commission Nationale Industrie (CNI) plaide, pour l’année 2026, la création par le Gouvernement d’une commission mixte réunissant les principaux acteurs publics et privés. Cette instance aurait pour mission de définir des orientations claires pour la protection de l’industrie locale, la sauvegarde des emplois et le renforcement de la compétitivité nationale. La CNI réaffirme par ailleurs son engagement à maintenir un dialogue constructif entre l’État et le secteur privé, et à accompagner la mise en œuvre des mesures de protection. L’objectif est de transformer ces initiatives en une croissance industrielle durable, génératrice d’emplois locaux et garante d’une souveraineté économique renforcée pour la République Démocratique du Congo.